Comme elle n'avait
qu'seize ans à peine Elle sentit battre
son coeur Un soir avec
le môme Gégène La pauvrette
avait cru au bonheur C'était
l'jour d'la fête Nationale Où c'que
la bombe pète en l'air Elle sentit comme
un grand coup d'frein Un frisson qui
pénétrait sa chair
Par devant par
derrière Tristement comme
toujours Sans chichi sans
manières Elle connut l'amour Les oiseaux dans
les branches En les voyant
s'aimer Entonnèrent
la romance Du quatorze juillet
Mais quand refleurit
l'aubépine (De ch'val !) Au premier jour
du printemp (ta cule !) Fallait voir
la pauvre gamine (de rien !) Mettre au monde
un tout p'tit enfant (Tassin !) Mais Gégène
qu'est l'mec qui l'a cool Lui dit "- Ton
goss' moi j'm'en fout J'te l'ai mis
maintenant j'me les roule A ta place je
lui tord'rai le cou ! "
Par devant par
derrière Tristement comme
toujours Fallait voir
la pauvre mère Et son gosse
de huit jours En fermant les
paupières Elle lui tordit
l'quiqui Et dans l'trou
des water Elle a jeté
son p'tit
Mise au banc de
la cour d'Assise Comme à
celui de la société Elle fut traitée
de fille soumise Le lendemain
du quatorze juillet Entendant le
verdict atroce Qui la condamne
au bagne pour pour vingt ans Elle pensait
à son pauvvre gosse Qu'elle ne verrait
plus maintenant
Par devant par
derrière Tristement comme
toujours Elle est morte
la pauvr' mère A Cayenne un
beau jour Morte avec l'espérance De revoir son
petit Dans la fosse
d'aisance Là où
c'qu'elle l'avait mis !
Les oiseaux dans
les branches En la voyant
clamser Entonnèrent
la romance Du quatorze juillet